mis en ligne le mercredi 21 mai 2008
MARCHE DE LA LIBERTE
« MARCHE DE LA LIBERTE » A BASSE-TERRE SAMEDI 24 MAI A PARTIR DE 9 HEURES
De la stèle de VICTOR SCHOELCHER (place de la mairie) au buste du CHEVALIER DE SAINT-GEORGES pour leur rendre hommage.
Contre l’oubli des souffrances de l’esclavage, mais aussi contre l’oubli de ceux qui ont participé à forger l’histoire de la Guadeloupe. Pour défendre et promouvoir les valeurs universelles des droits de l’homme, pour une citoyenneté active dans une Guadeloupe solidaire et fraternelle.
Pour que la mémoire éclaire le présent et prépare l’avenir, pour que le destin ne soit pas dans l’héritage mais dans le projet.
Association FRATERNITÉ CARAÏBE BP 59 97101 BASSE-TERRE Un engagement Humaniste Philosophique & Fraternel www.fraternite-caraibe.org
Michel EYNAUD
| Après de longues années de silence officiel et de militantisme persévérant, les commémorations de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ont maintenant un riche calendrier. L’heure n’est plus aux affrontements mémoriels, mais à la mise en valeur d’un sens pouvant féconder l’avenir avec des valeurs universelles. |
La récente circulaire du 29 avril 2008, décline pas moins de 9 dates possibles pour les commémorations des abolitions de l’esclavage. Toutes ne sont pas équivalentes, mais chacune permet de rassembler autour d’un des aspects de l’esclavage sans exclure aucun des autres. Sur un sujet aussi important, l’œcuménisme devrait être de mise, et le rassemblement la règle. Le sens des événements est rarement monolithique, et la diversité des manifestations les rappelant est une garantie d’exhaustivité. L’important est de ne pas oublier le crime contre l’humanité de l’esclavage, consistant à la chosification de ses membres, et de s’enraciner dans son histoire pour en tirer les leçons et mieux construire l’avenir.
Les commémorations en outre-mer Le Décret du 23 novembre 1983 relatif à la commémoration de l’abolition de l’esclavage reste d’actualité et doit continuer à être appliqué. Les dates correspondantes font référence aux événements de 1848, et aux dates de mise en application du Décret d’abolition pris par le Gouvernement révolutionnaire le 27 avril 1848. C’est d’ailleurs la date choisie à Mayotte.
Pour les quatre départements d’outre-mer, les dates dépendent autant des délais de navigation pour amener le décret pris grâce à Schoelcher et Arago, que des révoltes dans les plantations : en Martinique le 22 mai, en Guadeloupe le 27 mai, le 10 juin en Guyane, le 2O décembre à La Réunion. Ces dates sont celles du souvenir des nègres marrons en même temps que des combats des humanistes radicaux du début du XIX° siècle. Et elles doivent éviter l’idolâtrie exclusive des uns contre les autres : chacun y a eu sa part. En revanche, on peut constater que la date du 21 juillet consacré en Guadeloupe à Schoelcher n’a pas été intégrée au texte, et il faudra peut-être surveiller les conséquences de cet « oubli »…
Les commémorations nationales Une date nationale a été choisie, suite à la loi « Taubira » du 21 mai 2001, qui met en avant la traite négrière et la reconnaît comme un crime contre l’humanité. C’est le 10 mai, que le décret du 31 mars 2006 fixe comme jour des « mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions », après de nombreuses consultations et quelques polémiques. C’est manifestement la date « officielle » que le Gouvernement encourage désormais à célébrer.
Mais le combat des associations de français d’outre-mer dans l’Hexagone, a réussi à imposer une autre date : le 23 mai. Cette dernière rappelle la marche silencieuse du 23 mai 1998 des 40.000 descendants d’esclaves, qui avait contribué à éveiller les consciences et à préparer la loi « Taubira ». Elle lutte contre l’oubli de la longue cohorte des souffrances des esclaves, victimes fondamentales, et que les abolitions ne peuvent annuler.
Les dates internationales Le calendrier mémoriel français ne doit pas faire oublier deux autres dates, adoptées par des institutions internationales. La première fixe au 2 décembre la « Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage ». C’est en fait l’anniversaire de l’adoption par l’ONU en 1949 de la Convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui. Elle garde une importance de premier plan, puisque ce type d’atteintes, communément appelées « esclavage moderne », toucherait encore, selon les estimations, entre 30 et 200 millions de personnes dans le monde.
L’UNESCO a quant à elle retenu le 23 août comme « Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ». Cette date fait référence à un soulèvement d’esclaves à Saint-Domingue en 1791, qui fit grand bruit et contribua à faire abolir la traite négrière qui alimentait en « bois d’ébène » les colonies des Amériques.
La multiplication de toutes ces dates ne doit pas donner l’impression d’un catalogue hétéroclite, résultat d’un impossible consensus entre mémoires contradictoires et faits interprétables ou opposables. C’est au contraire l’occasion d’unir toutes les diversités d’approche pour les assembler avec le ciment d’une citoyenneté que Serge Romana, président du Comité Marche du 23 mai (CM98), qualifiait récemment de « apaisée ». Mais rassembler ce qui est épars, renforcer la cohésion de nos liens sociaux, nécessite un ancrage commun permettant de partager un sens commun, et donc un projet commun. Ce doit être la fonction d’événements et de personnages fédérateurs.
Schoelcher et Saint-Georges en sont deux exemples.
Schoelcher :une conscience humaniste et républicaine
« ...Disons-nous et disons à nos enfants que tant qu’il restera un esclave sur la surface de la Terre, l’asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière... ». Victor Schoelcher est trop souvent réduit à son rôle dans l’émancipation des esclaves, minimisant son combat radical pour des valeurs humanistes universelles. Toute sa vie est un engagement pour la liberté et l’égalité, une lutte pour une république démocratique et laïque, c’est à dire fondée sur la liberté absolue de conscience et la souveraineté des citoyens électeurs. Une république sociale, où la coopération et la solidarité sont les liens qui permettent la fraternité à la place de la domination et l’exploitation.
Schoelcher ne se bat pas seulement pour la libération des esclaves : c’est la liberté pour tous les hommes, quels qu’ils soient, qui est son but. Il ne cherche pas seulement à réduire les préjugés et injustices de son époque, il milite pour une totale égalité des humains, y compris l’égalité entre hommes et femmes. Dans sa vision globale, l’émancipation passe par l’éducation, qui permet de forger son libre-arbitre, ainsi que par la culture. Ses combats sont encore ceux du respect total de la vie humaine, à travers la revendication de l’abolition de la peine de mort.
Rappeler la place de Schoelcher ne consiste donc pas à s’aliéner à un « bon papa blanc », comme on le caricature parfois. Rappeler la marche du 23 mai ne vise pas à enfermer dans un communautarisme nostalgique. L’objectif de tous ces rendez-vous consiste plutôt à promouvoir une citoyenneté aux accents particulièrement actuels, à élaborer un pacte social où chacun aurait sa place et sa chance. L’enjeu demeure d’établir la primauté du droit sur les rapports de force, en pariant sur l’Homme, doté de raison et de conscience. C’est de vivifier les symboles facilitant le « vivre ensemble ».
Le Chevalier de Saint-Georges : l’exemplarité de l’excellence
Joseph Boulogne est né en 1739 à Baillif d’une esclave d’origine sénégalaise et d’un planteur noble. Fils d’esclave, noir, enfant illégitime, il semblait cumuler tous les handicaps. Mais il va avoir droit à une éducation qui va lui permettre de développer ses multiples talents. Alliant travail persévérant et inspiration, il va briller dans la société parisienne du XVIII° siècle atteignant l’excellence dans tous les domaines qu’il aborde (musique, escrime, équitation, danse, nage, voire séduction).
Il va diriger les plus grands orchestres d’Europe dont celui de la célèbre Société des concerts de l’Olympique et passe pour le rival de Mozart. Il deviendra le premier Noir franc-maçon de France, avant de s’engager dans la Révolution. Il crée un régiment de Noirs et de métis, dont il est colonel : la légion franche des Américains et du Midi, qui s’illustrera sur les frontières nord de la France. Il meurt en 1799, et 3ans après sa disparition Bonaparte, qui ne l’aimait pas beaucoup, rétablit l’esclavage… et fait brûler ses œuvres le même jour. Le "Voltaire de la musique" comme l’appelait l’abbé Grégoire, va s’enfoncer dans une nuit de deux siècles.
Saint-Georges comme Schoelcher illustrent des combats pour l’égalité et pour la liberté qui ne sont jamais terminés. Avec eux rien n’est irrémédiables, et personne ne doit être prisonnier de ses origines, de son apparence. L’homme et la société sont perfectibles, et c’est par l’éducation et la persévérance que l’on peut échapper à un passé qui n’est pas une fatalité. Mais ces conquêtes sont fragiles, et les efforts toujours à renouveler. Notre riche calendrier mémoriel devrait nous fournir de nombreuses occasions d’entretenir, année après année, ce mouvement.
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