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mis en ligne le jeudi 25 février 2010
Le chainon manquant ...ou presque !
Propos recueillis par Jean XECH
Ce numéro de Joaben, consacré à l’histoire du Rite Français nous situe dans le temps comme dans l’espace de la Maçonnerie du Grand Orient de France.
Il ne s’agit pas d’entrer dans une querelle des rites qui n’offrirait aucun intérêt, mais de faire comprendre que les contenus, même bâtis sur des légendes ou allégories semblables, ne sont pas les mêmes dans les pratiques (chronologiques pour le Français, rassemblement de ce qui est épars pour l’Écossais) et dans les signifiés (reconstitution de l’unité pour l’Écossais, évolution vers l’amour de l’autre pour le Français avec un passage de l’ancien au nouveau testament entre le IIP ordre et le IVe ordre, du dieu vengeur à Jésus, un Homme parmi les hommes : une nouvelle alliance).
Propos avec le Grand Maître Pierre Lambicchi
Jean Xech : Peut-on dater la reprise des ordres de sagesse du Rite Français à Marseille et avec qui ?
Pierre Lambicchi : Le frère Arthur Martini possède les ordres du Français du Chapitre « Humanitas » de la vallée de Lille qui les détenait du Chapitre « De Roos », survivance des loges militaires de Dumourrier (conquêtes Napoléoniennes)
JX Cette renaissance est-elle restée isolée ou a-t-elle débouché sur des créations ?
P.L : Les créations ont continué de façon régulière notamment dans des loges bleues constituées dans le cadre légal du GODF :
1984 : Aimable Sagesse, qui se réunissaient à l’auberge de la Guérine à Callas
1985 : Pythéas, associées à une quatrième loge indépendante à Marseille Les 3 T.
J.X : Les chapitres ont-ils connu le même développement ?
P.L. : Le développement des loges bleues reconnues dans le sein du GODF a provoqué une réflexion dans les ordres de sagesse qui a abouti à une scission du Grand Chapitre Général de Provence entre ceux qui voulaient continuer à fonctionner de façon indépendante et ceux qui voulaient être reconnus par le GODF. C’est le cas de Lou Calen à Callas, qui est issu des trois loges bleues du GODF, tandis que les autres créent Fax Caritas (avec le frère Dual) sur la loge Les 3 T, les deux entités restant « sauvages ». Après une période de stabilité, une création plus tardive de la loge Concorde Intime viendra compléter les loges française du GODF.
En 1990-1991, les créations de chapitres se multiplient sur la région PACA ;
Cannes : Construction du Temple avec le Très Sage Bautista Tradition Française avec le Très Sage Daviaud
Nice : Paracelse avec le Très Sage Mucchieli
Marseille : Les Disciples de Salomon avec le Très Sage Allouch Prothis avec le Très Sage Pierre Lambicchi
J.X : Sans vouloir entrer dans la querelle des rites qui a suivi la refondation du Grand Chapitre Général du GODF, car l’objectif de ce numéro de Joaben est historique et non politique, je ne pouvais occulter la question de la gestion des rites face à un Grand Maître issu du Français et ancien membre de la Chambre d’administration de cette juridiction.
P.L : Rien de plus simple. Le Grand Orient de France est riche de trois éléments fondamentaux auxquels je suis particulièrement attaché :
La liberté absolue de conscience.
La légitimité électorale par le suffrage universel de tous les mandats dans leur sphère de compétence.
La pluralité des pratiques maçonniques (de la plus symboliste à la plus sociétale) et la pluralité des pratiques rituelles puisque le GODF est le possesseur de toutes les patentes à tous les grades.
Lorsqu’on décline tous les rites pratiqués au sein du GODF :
La Marque (Royal Arche)
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Rite Ecossais Primitif
Rite Ecossais Rectifié
Rite Français
Rite de Memphis Misrahïm
J.X : Est-ce le même souci d’égalité qui a poussé le Conseil de l’Ordre à harmoniser la durée des mandats de chaque juridiction délégataire ?
P.L : En avril 2008, la durée des mandats a été fixée, à la demande du Suprême Conseil du Rite Écossais du GODF, à 7 ans avec la possibilité de 2 mandats successifs. Par souci d’égalité, nous l’avons étendu à toutes les juridictions délégataires. Néanmoins, certaines juridictions, estimant que cela n’était pas en accord avec la philosophie du GODF, ont déjà saisi le Conseil de l’Ordre pour une réduction de ces mandats. Cette demande fera l’objet d’une discussion inter rites.
J.X : Comment le Grand Maître certes, mais surtout le frère Pierre Lambicchi vit-il le réveil du Rite Français ?P.L : Pour moi, ce n’était pas un réveil mais un retour à la maison. Il me paraissait logique qu’il soit à nouveau officiel au sein du GODF. Je me réjouis qu’il fonctionne selon les règles démocratiques du GODF, mais pour moi il s’inscrit clans un continuum.
En tant que Grand Maître, le réveil du Français, de Memphis, du Royal Arche..., c’est retrouver le fonctionnement normal du GODF qui se redonnait tous les modes initiatiques afin que les frères puissent se développer et s’épanouir en toute liberté dans le respect de la légitimité élective et initiatique. J.X : Et le Cinquième Ordre dans tout ça ? Il faisait partie clés bagages de la région PACA dans les années quatre-vingt ou ne réapparait-il qu’avec la refondation ? P.L : Tout d’abord, mon très cher Jean, je vais te rafraîchir la mémoire. En 1993, cela doit te dire quelque chose puisque si tu étais premier Grand Maître Adjoint, j’étais Grand Orateur et qu’après mon travail préparatoire, a été créé par le Grand Collège des Rites, délégataire de la gestion des hauts grades, un Grand Chapitre Général du GODF dont le premier Grand Vénérable a été le frère Pierre Piovesan. La refondation avait déjà largement été amorcée, mais pour répondre à ta question, je dirai que dès le début des années quatre-vingt nous savions que le Ve Ordre existait (nous avions lu Roettiers de Montaleau). Mais le Rite Français était pour certains un moyen, et pour d’autres un otage d’autres rites, car peu de frères n’appartenaient qu’au Français, de sorte que le Rite Français était dirigé par des frères qui dirigeaient également d’autres rites. C’est pour cette raison que le Ve Ordre n’a jamais pu être rétabli durant cette période car ces frères ne pouvaient envisager un grade blanc dans notre rite (riche de la définition qu’en donne Roettiers de Montaleau) ce qui en aurait fait un rite majeur. Ils essayaient ainsi de reproduire l’histoire.J.X : Une conclusion ?
P.L : La maçonnerie ne se conclue pas : elle demeure grâce aux Frères qui la composent et la font vivre par une réflexion éso-térique et sociale à la fois pour un projet toujours affiné, toujours évolutif mais conçu sur les valeurs intemporelles de notre devise, complétée par notre combat laïque. Malraux disait que le XXIe siècle serait religieux (il a dit spirituel) ou ne serait pas, je crois que l’avenir devra être laïque ou il risque de pas être.article vu 194 fois
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